Samedi j'ai été voir Marie avec sa fille Camille, le long texte que je viens d'écrire vous décris nos émotions a chacune de nos visites.
Pour ma part cela faisait 3 semaines que je ne l'avais plus vue!...
Nous entrons par la porte grande ouverte, nous l’apercevons, là assise dans son fauteuil le menton en appuis sur sa poitrine.
Les yeux clos, les doigts triturant un vieux mouchoir où elle y a fait une ribambelle de nœuds, qu’au fil des heures elle fait et défait.
Dans sa tête noircie par les affres du temps elle repasse là sur un écran géant les pages de sa longue vie.
Tout à coup elle lève son beau visage, son regard délavé nous examine tour à tour, ses lèvres tentent de dessiner un petit sourire mais bien vite une larme perle au coin de ses paupières plissée par les douleurs du passé.
« Ah ! Vous voici enfin nous dit-elle, je pensais que vous ne viendriez plus !
Elle nous parle de choses bien étrange qui d’après elle se passe autour d’elle, il y a ceci ou cela comme tout a changé, la vie n’est plus comme autrefois.
Dans ses maigres doigts elle triture toujours son bout de tissus usé par tant de manipulations, pourquoi tous ces nœuds maman ?
« C’est que mon enfant je ne dois pas oublier ceci ou cela, tu sais ma mémoire n’est plus comme avant j’y ai des trous comme sur le fond d’une passoire. »
L’infirmière dépose le souper de Marie devant elle, Marie regarde les tranches de pain mais n’y touche pas, on dirait qu’elle examine avec attention son plateau.
Crois-tu que je puisse manger cela me dit-elle avec hésitation, veut tu que je goutte maman lui propose sa fille ?
Marie porte un quart de tartine à ses lèvres, elle mâche sans grande conviction, elle saisit de sa main tremblante la tasse de café, bien vite quelques gouttes s’éparpillent sur son gilet blanc.
Ses pauvres doigts n’ont plus la stabilité ni la force d’autrefois, je l’aide donc à avaler quelques gorgées de ce noir breuvage.
Sa fille le cœur chamboulé lui coupe un morceau de gâteau où des morceaux de pommes caramélisées dégagent un doux parfum de cannelle.
C’est quoi cela nous dit-elle ? C’est un cake aux pommes maman c’est Francine qui te l’a apporté, c’est notre boulanger qui l’a réalisé, un pur délice goûte y maman chérie.
Sa fille lui dépose un morceau de gâteau doré et sucré dans sa bouche entrouverte, doucement Marie mâchouille avec délectation ce bout de pâtisserie, quelques miettes s’échappent et s’écrase sur le sol.
C’est bon maman ? Marie hoche de la tête et me demande si c’est moi qui l’ai fait, non mamy c’est mon ami Dany le boulanger.
Tu sais maman ce sont les tes voisins d’en face, Marie le regard perdus dans le vide penche la tête ses cheveux blanc bougent à peine, ses yeux bleu interroge, sa tête fait ’NON’
Quoi maman tu ne te rappelle pas d’eux ? Non ma fille je ne les connais pas…
Ce n’est rien maman mange et n’oublie pas tes médicaments.
Je lui glisse une première gélule dans sa bouche et puis je lui présente le bord du verre d’eau elle avale avec lenteur, je récidive jusqu’à ce qu’elle ait ingurgité toutes ces pilules.
« Tu entends me dit-elle soudain c’est comme cela toute la journée, ils reculent des meubles, ils crient et me dise que je suis méchante. »
Ne les écoute pas maman ils ne savent pas ce qu’ils disent occupe-toi plutôt de toi, regarde la télévision ou les petits oiseaux dans les arbres.
Après plus de cent minutes nous décidons qu’il est l’heure de partir, nos cœurs se serrent, mais il est temps de mettre Marie au lit.
Elle est fatiguée, ses paupières se ferment et sa tête retombe sur sa poitrine qui se soulève avec lenteur à chaque inspiration.
Un baiser déposé sur ces cheveux blanc, mes doigts caressent sa joue ridée et froide, Camille à son tour embrasse sa maman et c’est le cœur lourd que nous sortons de la chambre.
Un dernier regard vers Marie et nous traversons le long corridor la gorge serrée par ces changements que nous constatons à chacune de nos visites.
Marie glisse doucement vers le repos éternelle, mais fait quelques pas en arrière à chacune de nos visites, ses mots résonnent encore dans notre tête :
« Pourquoi faites-vous cela »
Sa fille interroge Marie : « Pourquoi quoi maman ? »
« Vous venez me voire… » Puis elle ajoute :
« Si vous ne viendriez plus je mourrais certainement beaucoup plus vite »
Mon amie Camille à très mal de voir ainsi sa maman gravir inexorablement chaque jour une à une les marches du grand escalier qui conduis vers la lumière éblouissante.
Mais Marie est fatiguée de toutes ces agitations du monde moderne.
Et elle sait que là tout au bout de l’allée vers la grande lumière, se tient son Gaston qui l’attend les bras grands ouverts pour continuer leur vie par-delà les nuages dans un monde d’amour et de liberté.
Un jour viendra où Marie rejoindra ceux qui sont partis avant elle, et avec eux elle continuera à veiller sur sa famille restée sur terre, ainsi va la vie, on vient on va où le destin nous mène…Jusqu’au jour où nous ferons aussi l’ultime voyage !
Cigalette
C'était en 2010...